Petite fille, je regardais Thalassa avec mes grands-parents en Auvergne — oui, en Auvergne, à des centaines de kilomètres de la mer. C'est peut-être justement cette distance qui a nourri ma fascination pour l'océan. Chaque vendredi soir, je voyageais par procuration dans les embruns bretons, les lagons polynésiens, les fjords norvégiens. Je me souviens m'être dit, avec la certitude tranquille de l'enfance : "Un jour, c'est moi qui présenterai cette émission."
Vingt-cinq ans plus tard, j'ai réalisé ce rêve. Pendant deux saisons — les 43e et 44e années de l'émission — j'ai eu l'honneur de présenter Thalassa sur France 3. Voici ce que cette aventure m'a appris, et pourquoi elle continue d'irriguer tout ce que je fais aujourd'hui.
Comment je suis arrivée à Thalassa
Mon parcours vers Thalassa n'a rien eu de linéaire. Après des années à présenter la météo sur BFM TV — une école formidable où j'ai appris les mécanismes du climat et de l'atmosphère —, j'ai ressenti le besoin d'aller plus loin. La météo m'avait ouvert les yeux sur les enjeux climatiques. Je voulais désormais raconter des histoires, rencontrer ceux qui vivent au rythme des marées, donner la parole à ceux qui protègent nos océans.
Quand France Télévisions m'a proposé de reprendre le flambeau de Thalassa, j'ai dit oui sans hésiter. C'était mon Graal. L'émission mythique créée par Georges Pernoud en 1975, regardée par des millions de Français pendant plus de quatre décennies. Prendre la suite d'une telle institution était à la fois un honneur et une responsabilité immense.
Ce que Thalassa m'a enseigné
L'océan comme miroir de nos choix
Présenter Thalassa, ce n'est pas simplement voyager dans des décors de carte postale. C'est confronter la beauté à la fragilité. Chaque reportage m'a rappelé que l'océan est le premier témoin de nos excès : plastique omniprésent, surpêche, acidification, réchauffement.
Je me souviens d'un tournage en Polynésie française où un pêcheur m'a montré ses filets de plus en plus vides. "Il y a vingt ans, on ramenait le triple", m'a-t-il dit avec une tristesse résignée. Ce n'était pas un militant écologiste, juste un homme qui vivait de la mer et qui voyait son monde disparaître.
La puissance du terrain
Thalassa m'a confirmé ce que je pressentais déjà : rien ne remplace le terrain. On peut lire tous les rapports du GIEC, consulter toutes les études scientifiques — et il le faut —, mais c'est en mettant les pieds dans l'eau, en écoutant les pêcheurs, les ostréiculteurs, les gardiens de phare, qu'on comprend vraiment les enjeux.
Cette conviction m'accompagne aujourd'hui dans mon approche de l'écologie de terrain. Que ce soit dans ma ferme en Haute-Loire ou lors de mes animations de débats, je refuse l'écologie de bureau. L'écologie, ça se vit les mains dans la terre — ou les pieds dans l'eau.
Des rencontres inoubliables
Thalassa m'a offert des rencontres extraordinaires. J'ai eu la chance d'interviewer Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd, dont l'engagement radical pour la protection des océans force le respect. J'ai échangé avec des scientifiques passionnés, des marins d'exception, des insulaires qui vivent en première ligne du changement climatique.
Ces rencontres ont nourri ma réflexion et forgé mes convictions. Elles m'ont aussi appris l'art de l'écoute — une compétence essentielle que je mobilise aujourd'hui dans l'animation de débats environnementaux.
"L'océan est notre avenir" : un manifeste né de Thalassa
Mon passage à Thalassa a donné naissance à un livre : L'océan est notre avenir. Ce manifeste collectif, auquel ont contribué Nicolas Hulot, François Gabart et d'autres personnalités engagées, porte un message simple : nous ne pouvons pas continuer à traiter l'océan comme une poubelle et une réserve inépuisable.
L'océan produit 50% de l'oxygène que nous respirons. Il absorbe un quart de nos émissions de CO2. Il régule notre climat. Sans lui, pas de vie sur Terre. Et pourtant, nous le maltraitons avec une inconscience qui confine à l'aveuglement.
Ce livre était ma façon de prolonger le travail de sensibilisation commencé à l'antenne. Parce qu'une émission de télévision, aussi belle soit-elle, ne suffit pas. Il faut multiplier les canaux, les formats, les prises de parole.
Pourquoi j'ai quitté Thalassa
On me pose souvent la question : pourquoi avoir quitté une émission aussi prestigieuse ?
La réponse est simple : la réalité ne correspondait plus au rêve. Sans entrer dans les détails — ce n'est ni le lieu ni le moment —, disons que les contraintes de la télévision moderne s'accommodent parfois mal de l'exigence éditoriale qui faisait la force de Thalassa. J'ai préféré partir plutôt que de cautionner une dilution du projet initial.
Ce départ a été un déclic. Il m'a poussée à questionner mon mode de vie parisien, à écouter les signaux que mon corps m'envoyait depuis des mois. Quelques mois plus tard, avec mon mari Henri, nous quittions Paris pour nous installer en Haute-Loire. Un choix radical, mais libérateur.
De Thalassa à l'écologie incarnée
Aujourd'hui, mon engagement pour l'océan se poursuit sous d'autres formes. Je continue d'animer des débats et des conférences sur les enjeux maritimes et climatiques. J'ai eu l'honneur de co-animer le Power of Summit aux côtés de Barack Obama en 2024, où la transition énergétique — intimement liée à la santé des océans — était au cœur des discussions.
Mais mon engagement a aussi pris une dimension très concrète. Dans ma ferme en Haute-Loire, je pratique une autonomie alimentaire à 70%. Je cultive mon potager en permaculture, je fais mes conserves, je vis au rythme des saisons. C'est ma façon de mettre en cohérence mes paroles et mes actes.
L'océan et la terre sont liés. Ce qui ruisselle de nos champs finit dans nos rivières, puis dans la mer. Protéger l'océan, c'est aussi repenser notre agriculture, notre alimentation, notre rapport au vivant.
Ce que Thalassa m'a laissé
Thalassa restera une étape fondatrice de mon parcours. Cette émission m'a offert :
Une légitimité sur les sujets environnementaux, forgée par des centaines d'heures de reportages et d'interviews
Un réseau de scientifiques, militants et acteurs de terrain avec lesquels je continue de collaborer
Une méthode journalistique exigeante, basée sur l'immersion et l'écoute
Une conviction renforcée : l'écologie ne peut pas être hors-sol, elle doit s'incarner dans le réel
Quand j'anime aujourd'hui une table ronde sur la biodiversité marine ou une conférence sur la transition écologique, je puise dans cette expérience. Thalassa m'a appris à vulgariser sans simplifier, à émouvoir sans manipuler, à informer sans assommer.
Et maintenant ?
Mon rêve de petite fille s'est réalisé — puis transformé. Je ne présente plus Thalassa, mais je continue de porter son héritage : raconter le monde, donner la parole à ceux qui le protègent, alerter sur ce qui le menace.
Si vous organisez un événement sur les enjeux maritimes, climatiques ou environnementaux, je serais heureuse d'y contribuer. Que ce soit pour une conférence inspirante, une animation de table ronde ou une modération de débat, mon expérience à Thalassa — et tout ce qui a suivi — est à votre service.
